Démocratie 2.0 : révolution démocratique ou menace silencieuse ?
Le numérique, avec ses promesses initiales de transformation démocratique, a redéfini la manière dont les citoyens interagissent avec leurs gouvernements et participent au débat public. Toutefois, ces avancées technologiques apportent également leur lot de défis et de dérives potentielles. Entre transparence accrue et manipulation de masse, protection des libertés et surveillance omniprésente, notre démocratie se trouve à un carrefour critique. Cet article explore les promesses et les périls du numérique pour nos sociétés démocratiques contemporaines.

Les promesses du numérique pour la démocratie

À l’origine, le numérique était perçu comme un vecteur garantissant un meilleur fonctionnement de la démocratie. Avec la naissance d’Internet dans les années 1990, il promettait une renaissance de l’espace public et du débat démocratique. Les médias de masse traditionnels donnaient souvent l’impression que l’espace public et le débat politique étaient monopolisés par une poignée d’acteurs récurrents. Cette asymétrie, comme l’ont souligné certains auteurs, laissait peu de place à une véritable diversité des voix. Internet et les réseaux sociaux devaient remédier à cette situation.
L’émergence des technologies de l’information et de la communication (TIC) à la fin du XXe et au début du XXIe siècle a marqué le début d’une ère nouvelle. Ces technologies ont libéré la parole, favorisé la liberté d’expression et la confrontation des idées, éléments vitaux pour nos démocraties.
Aujourd’hui, ces technologies ont accru la participation citoyenne dans le débat politique. Les plateformes en ligne et les réseaux sociaux permettent une participation plus directe des citoyens dans le processus démocratique, que ce soit par la signature de pétitions en ligne ou des consultations publiques. Elles renforcent ainsi la démocratie représentative.
Selon Henri Oberdorff, professeur agrégé de droit public, les outils numériques constituent une chance remarquable pour la démocratie. Ils permettent la réelle expression des libertés au cœur des régimes démocratiques et l’avènement d’une démocratie participative, voire plus directe. Selon lui, le numérique a concrétisé certaines libertés individuelles et collectives à un niveau inédit. Par exemple, la liberté de s’informer s’est accrue, et le droit d’accès à l’information est désormais à portée de clic.
Le numérique a aussi transformé la démocratie participative, avec l’émergence de l’e-administration et de l’e-gouvernement. Selon le professeur Oberdorff, nous assistons à des expériences de démocraties participatives ou d’intelligence collective.
Ces outils ont aussi démocratisé l’accès à la culture sous toutes ses formes. Ils ont brisé certaines frontières, facilitant l’accès à des formations universitaires à travers le monde via des plateformes de cours en ligne comme MOOC (Massive Open Online Course) que l’on peut traduire par ’’Cours en ligne ouvert et massif’’, Coursera et Edx. De plus, la culture est devenue plus accessible grâce aux plateformes de streaming pour la musique, les films, les séries, les spectacles et les concerts.
Toutes ces avancées sont perçues comme des progrès pour la démocratie. Cependant, bien que promettant une transformation positive de nos démocraties, le numérique représente également des défis et des enjeux sociaux et sociétaux.
Les menaces et les dérives potentielles du numérique sur nos démocraties

À l’origine, les TIC étaient considérées comme des alliées de la démocratie, mais environ trois décennies plus tard, la promesse semble rompue. Internet, les réseaux sociaux et les intelligences artificielles génératives (IA Générative) sont accusés d’entraver nos démocraties.
Ces outils participent à la corruption de l’espace public en facilitant la diffusion de fausses informations, des deep fakes, de la propagande et des théories du complot. Ces manipulations à grande échelle influencent l’opinion publique, comme on l’a vu avec le scandale Cambridge Analytica lors des élections américaines de 2016 et le référendum sur le Brexit. De plus, de nombreuses informations licites sont censurées par les grandes plateformes numériques, contrôlées par des groupes privés notamment les GAFAM (Google, Facebook, Amazon, Microsoft). Il est à souligner que toutes ces entreprises sont 100% américaines, ce qui n’est pas anodin.
Ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Mais ils se sont intensifiés avec l’arrivée d’Internet et la rapidité de circulation de l’information. Auparavant, la mise en place d’un programme de propagande était chronophage, énergivore et coûteuse. Aujourd’hui, cela est à la portée de monsieur tout le monde. En un clic, les fausses nouvelles et les discours haineux peuvent se propager à la vitesse de la lumière. Selon certaines études, les fausses informations circuleraient même plus rapidement que les vraies.Ces pratiques soulèvent beaucoup de questions sur nos démocraties. Les citoyens choisissent-ils vraiment leurs représentants ou sont-ils influencés par des algorithmes qui exploitent leurs données personnelles ?
De plus, le respect de la vie privée, essentiel pour garantir les droits fondamentaux et l’État de droit, est menacé par les dérives des outils numériques. La collecte de données personnelles à des fins variées, notamment pour manipuler les citoyens, a redéfini les frontières de la vie privée.
Les outils numériques participent également à la surveillance des citoyens et des États, devenant des enjeux stratégiques et géopolitiques. Les cyberattaques, utilisées par certains États pour influencer et contrôler d’autres États, en sont un exemple majeur. Ces attaques visent souvent des infrastructures sensibles et les informations piratées sont diffusées ou vendues sur le dark web.
Cure nécessaire pour la survivance de nos démocraties face aux numériques

Le numérique, avec ses innombrables promesses, a profondément transformé nos démocraties. En offrant des outils de participation citoyenne directe, en démocratisant l’accès à l’information et à la culture, et en favorisant une transparence accrue, il a redéfini les contours du débat public et renforcé certaines libertés fondamentales.
Cependant, cette révolution numérique n’est pas sans défis. La prolifération des fausses informations, la manipulation des opinions publiques, la surveillance accrue et l’exploitation des données personnelles posent des menaces sérieuses à la santé de nos démocraties. Les événements récents, tels que les scandales de Cambridge Analytica et les cyberattaques, illustrent les dérives potentielles de ces technologies.
Il est crucial que les sociétés démocratiques trouvent un équilibre entre les opportunités offertes par le numérique et les risques qu’il comporte. La mise en place de régulations adéquates, la promotion de l’éducation numérique et la vigilance citoyenne sont essentielles pour garantir que le numérique continue de servir les idéaux démocratiques plutôt que de les menacer.
En fin de compte, le futur de nos démocraties à l’ère numérique dépendra de notre capacité collective à naviguer sur ces eaux complexes avec prudence, discernement et un engagement renouvelé en faveur de la liberté et de la justice.